Aux origines de l’instabilité politique au Sahel
Trois nations, une même rupture avec l’ordre régional
La région du Sahel est aujourd’hui au cœur des bouleversements politiques majeurs qui redessinent l’Afrique de l’Ouest. Trois pays sont au centre de cette dynamique : le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Trois nations voisines, unies par leur géographie, mais aussi par une même trajectoire de rupture.
Ces trois États traversent une grave instabilité politique, économique et institutionnelle, et sont désormais gouvernés par des juntes militaires. Tous ont quitté la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), en réaction aux sanctions et aux pressions de l’organisation régionale. Ils restent toutefois membres de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), du moins pour l’instant.
Mais cette instabilité interne a entraîné une détérioration progressive des relations diplomatiques, à la fois avec les autres pays d’Afrique de l’Ouest et avec la communauté internationale.
Trois coups d’État successifs au Sahel
Voici les événements marquants qui ont déclenché cette séquence de ruptures politiques :
- 24 mai 2021 : coup d’État au Mali, dirigé par le colonel Assimi Goïta
- 20 septembre 2022 : coup d’État au Burkina Faso, mené par le capitaine Ibrahim Traoré
- 26 juillet 2023 : coup d’État au Niger, orchestré par le général d’armée Abdourahamane Tiani
Trois dates clés. Trois basculements. Trois prises de pouvoir militaires qui ont profondément bouleversé l’ordre ouest-africain.
2012 : Le point de bascule au Mali
Tout commence en 2012, au Mali. Un conflit armé éclate dans le nord du pays, ouvrant la porte à une spirale de violence. En 2013, la France lance l’opération Serval, intervention militaire censée stopper la progression des groupes terroristes. Le président français de l’époque, François Hollande, se rend sur place et déclare :
« Je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. »
De Serval à Barkhane : la présence militaire française s’installe
Le 1er août 2014, l’opération Barkhane prend le relais. Son mandat : lutter contre le terrorisme dans le G5 Sahel le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Tchad. Cette mission, présentée comme sécuritaire, s’étendra jusqu’au 9 novembre 2022.
Officiellement, la France intervient pour combattre la menace djihadiste. Officieusement, elle renforce sa présence stratégique dans une région clé, riche en ressources naturelles et instable politiquement. En réalité, cette « lutte contre le terrorisme » permet surtout à Paris de maintenir un pouvoir d’influence en Afrique de l’Ouest.
Une intervention qui aggrave la crise sécuritaire
Très vite, le Mali constate l’échec de cette opération. Non seulement le terrorisme ne recule pas, mais il s’étend. Loin d’apporter la paix, la présence militaire étrangère nourrit le ressentiment et fragilise davantage la région. Comment prétendre sécuriser un territoire vaste de 2,5 millions de km² face à des ennemis mobiles et enracinés localement ?
C’est un échec politique, militaire, économique et social. Une évidence s’impose : la réponse au terrorisme dans le Sahel ne peut pas être uniquement sécuritaire. Elle doit être fondée sur le développement, la justice sociale et l’inclusion économique.
La montée du panafricanisme
Face à cet échec, un nouvel élan panafricain émerge. Les peuples du Sahel rejettent de plus en plus l’ingérence étrangère. Ils appellent à une souveraineté pleine et entière, à une Afrique debout, libre de choisir ses alliances et ses modèles de développement.
Le discours de trop : quand Macron réveille les plaies du paternalisme colonial
Le lundi 6 janvier 2025, Emmanuel Macron annonce sa volonté de réunir le G5 Sahel, lors de la Conférence annuelle des ambassadrices et des ambassadeurs. Mais cette déclaration crée un véritable tollé sur le continent africain.
Pourquoi ? Parce qu’aucun des chefs d’État africains concernés n’a été consulté. Macron annonce sa décision unilatéralement, comme on envoie une note à des subordonnés. Cette manière de faire, perçue comme paternaliste et impérialiste, rappelle les pires réflexes coloniaux : la France décide, l’Afrique exécute.
C’est ce jour où, le président français prononce ces mots :
« Je crois qu’on a oublié de nous dire merci. C’est pas grave, ça viendra avec le temps. Je le dis pour tous les gouvernants africains qui n’ont pas eu le courage, vis-à-vis de leurs opinions publiques, de le porter. Aucun d’entre eux ne serait aujourd’hui à la tête d’un pays souverain si l’armée française ne s’était pas déployée dans cette région. »
Une réponse cinglante depuis Ouagadougou
Ces propos provoquent une onde de choc. Et la réponse ne tarde pas. Le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition au Burkina Faso, réagit avec fermeté :
« Si il y a bien un ingrat, c’est lui. À chaque matin qu’il se réveille et qu’il prie, il devrait aussi prier les Africains. Parce que c’est grâce à nos ancêtres qu’il existe aujourd’hui une France. »
La France perd du terrain en Afrique de l’Ouest
Le partenaire historique qu’était la France est aujourd’hui en perte totale d’influence dans la région du Sahel. Son image s’est effondrée. Ses résultats sur le terrain sécuritaire sont jugés désastreux. Son discours est vécu comme arrogant. Résultat : la France n’a plus aucun ambassadeur en poste dans les pays du Sahel.
Les relations entre Paris et ses anciennes colonies africaines se sont dégradées à un niveau critique, marquant un tournant majeur dans l’histoire des relations franco-africaines.
La fin d’une ère : la France poussée hors du Sahel, la Russie s’installe
Nous assistons à une reconfiguration historique des alliances en Afrique de l’Ouest. Un à un, les alliés traditionnels de la France mettent fin à la présence militaire française sur leur territoire. C’est une page qui se tourne, brutalement.
- 2022 : le Mali et la Centrafrique expulsent les troupes françaises.
- 2023 : le Burkina Faso et le Niger font de même.
- 2025 : c’est au tour du Tchad de rompre avec Paris.
- Le Sénégal et la Côte d’Ivoire annoncent à leur tour le départ des soldats français
Une rupture qui ouvre la voie à de nouveaux partenaires : la Russie
Dans le vide laissé par la France, une autre puissance s’installe : la Russie. Officiellement, Vladimir Poutine défend une approche coopérative et non intrusive :
« Nous n’avons évincé personne. Seulement, les dirigeants de certains pays africains ont fait des accords avec des opérateurs économiques russes et n’ont pas voulu travailler dans certains domaines avec les Français. »
Cette posture de neutralité souverainiste séduit. Car en Afrique, la Russie est perçue comme un partenaire d’égal à égal, sans le poids du passé colonial. Poutine renchérit :
« Je ne comprends pas pourquoi on pourrait être fâchés contre nous si un État indépendant souhaite renforcer ses relations avec des partenaires en provenance d’autres pays, en l’occurrence la Russie. »
Wagner, bras armé de l’influence russe au Sahel
Le terrain est maintenant favorable à l’implantation du groupe paramilitaire Wagner. Officiellement, il s’agit de lutter contre le terrorisme aux côtés des forces armées nationales. En réalité, Wagner est le prolongement stratégique de la Russie dans la région.
Cette présence ne vient pas gratuitement. En échange de leur soutien militaire, les Russes reçoivent des concessions économiques, notamment dans le secteur minier.

Le Burkina Faso vient ainsi d’accorder à la société russe Nord Gold un permis d’exploitation d’une importante mine d’or. Une coopération qui illustre l’échange brut : sécurité contre ressources.
Wagner, symbole numérique de la lutte anti-impérialiste
Sur les réseaux sociaux, Wagner cultive son image de libérateur africain. Le groupe se présente comme l’alternative à une France impérialiste, accusée d’avoir exploité l’Afrique pendant des décennies. Ce récit gagne en popularité, porté à la fois par les dirigeants locaux et par une jeunesse africaine de plus en plus mobilisée autour du discours panafricaniste.
Le cas du Niger : symbole de la rupture totale avec la France
Au lendemain du coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, la tension monte d’un cran. Des centaines de manifestants envahissent l’ambassade de France à Niamey, exprimant une colère profonde contre la présence française dans le pays. L’image est forte, brutale, mais révélatrice : la France n’est plus la bienvenue.
Quelques semaines plus tard, la junte militaire au pouvoir au Niger expulse officiellement l’ambassadeur français. C’est un acte diplomatique fort, qui scelle la rupture. Cette décision vient confirmer une réalité de plus en plus évidente : la présence militaire française n’a ni apporté la sécurité, ni constitué une valeur ajoutée pour les populations sahéliennes.
Une opposition résolue au néocolonialisme
Les mots de Thomas Sankara résonnent avec force dans ce contexte :
« La France, sur ce point, doit comprendre que nous nous acharnerons à combattre le colonialisme et le néocolonialisme. »
Ces propos traduisent une volonté ferme de rupture avec l’ordre post-colonial, où la France conservait une influence politique et militaire disproportionnée sur ses anciennes colonies
La sécurité avant tout
Aujourd’hui, la priorité absolue pour les pays du Sahel est claire : la sécurité. Tant que cette question centrale ne sera pas résolue, aucune autre problématique ni l’agriculture, ni le développement, ni la stabilité économique ne pourra être traitée efficacement.
La sécurité est le socle. Sans elle, tout s’effondre.
De la CEDEAO à l’AES : l’émergence d’un nouveau bloc régional
Depuis 2021, les trois pays du Sahel le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont été visés par diverses sanctions économiques et diplomatiques imposées par la CEDEAO censée promouvoir l’intégration économique et politique de ses membres.
Mais dans les faits, la CEDEAO est largement dominée par le Nigeria, qui représente à lui seul plus de 66 % du PIB de la région. En comparaison, les trois États du Sahel ne pèsent que 8 % du PIB de l’organisation. Un déséquilibre qui nourrit depuis longtemps un sentiment de marginalisation.
Été 2023 : l’escalade avec la CEDEAO
Le tournant a lieu à l’été 2023, lorsque la CEDEAO menace d’intervenir militairement au Niger pour tenter de rétablir le président déchu Mohamed Bazoum. Cette initiative perçue comme une agression extérieure fait exploser le sentiment anti-CEDEAO dans les trois pays sahéliens.
C’est à partir de là que l’idée de rompre définitivement avec la CEDEAO prend corps.
17 septembre 2023 : naissance de l’AES
Le 17 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger franchissent un cap historique : ils signent un traité de défense mutuelle, actant la naissance officielle de l’AES : l’Alliance des États du Sahel.
Ce traité engage les trois pays à se soutenir mutuellement en cas de rébellion interne ou d’agression extérieure. C’est bien plus qu’un accord militaire : c’est la fondation d’un nouveau bloc souverainiste, porté par une vision de long terme.
Vers une confédération sahélienne
L’AES se présente comme une alliance ouverte, avec une vocation à s’élargir à d’autres États africains. Le Tchad, déjà sur une ligne de coopération avec la Russie, semble être le prochain à rejoindre le mouvement.
Plus encore, l’AES envisage la création d’une monnaie propre, baptisée le “Sahel”, qui serait adossée aux ressources naturelles (or, uranium, lithium, etc.) des pays membres. Une manière de se libérer définitivement de la dépendance monétaire au franc CFA et de bâtir une souveraineté économique réelle.
Pourquoi quitter la CEDEAO ? Les raisons d’une rupture assumée
On pourrait se demander : pourquoi quitter la CEDEAO, une organisation régionale qui offre des avantages économiques, des accords douaniers et même un tarif extérieur commun ?
La réponse est simple : les sanctions imposées par la CEDEAO à la suite des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont été perçues comme une injustice politique et une humiliation diplomatique.
Un bloc jugé inefficace face au djihadisme
Au-delà des sanctions, c’est l’incapacité de la CEDEAO à garantir la sécurité face au terrorisme djihadiste qui a provoqué une fracture profonde. Pendant que les populations du Sahel tombaient sous les attaques, le silence du bloc ouest-africain résonnait comme un abandon.
La CEDEAO a accusé ces pays d’avoir trahi les idéaux démocratiques et d’être sous influence étrangère, notamment celle de la France, alors même que ces États cherchaient à s’en émanciper. Mais c’est l’affrontement direct entre le Niger et la CEDEAO, en 2023, qui a été l’électrochoc.
Quitter la CEDEAO : les conséquences économiques
La rupture avec la CEDEAO n’est pas sans coût. Parmi les conséquences économiques majeures pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, on observe :
- Une inflation galopante, aggravée par l’instabilité.
- Une chute brutale des investissements étrangers, en raison du climat d’incertitude politique.
- Une explosion des droits de douane avec les pays non membres de l’UEMOA, rendant les échanges commerciaux plus complexes et coûteux.
Mais l’indépendance avant tout
Malgré ces difficultés, la volonté d’indépendance prévaut. Les peuples et les dirigeants de l’AES choisissent la souveraineté politique et économique, même au prix d’une transition difficile. Ils refusent désormais les logiques néocoloniales de la France-Afrique, et tracent leur propre voie, coûte que coûte.
Quitter la CEDEAO : un choix radical, une nouvelle ère pour le Sahel
Le 29 janvier 2024, une décision historique tombe : le Mali, le Burkina Faso et le Niger déclarent officiellement leur retrait de la CEDEAO. Un geste fort, aux conséquences régionales majeures.
Ce départ acte l’échec politique et économique d’une organisation fondée le 28 mai 1975, censée incarner l’unité ouest-africaine. Mais cette unité a volé en éclats, révélant une fracture géopolitique profonde entre deux blocs :
- Les pays enclavés du Sahel, sans accès à la mer.
- Les pays du littoral, notamment ceux connectés au golfe de Guinée, avec des avantages logistiques et commerciaux bien plus puissants.
Un retrait progressif… mais assumé
Selon les textes de la CEDEAO, les pays membres disposent d’un délai de 12 mois après notification pour formaliser leur départ, tout en conservant leurs droits.
Dès le 24 février 2024, la CEDEAO recule sous la pression : les sanctions économiques, les blocus aériens et les transferts financiers avec l’UEMOA (franc CFA) sont levés. Une reconnaissance tacite de l’impasse politique dans laquelle s’était enfoncée la communauté.
C’est ainsi que le 29 janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger quittent officiellement la CEDEAO, dans un silence gêné des institutions régionales.
Et après la CEDEAO ? L’UEMOA et le spectre du franc CFA
La vraie question qui se pose désormais est la suivante : la sortie de l’UEMOA est-elle inévitable ?
Tout dépendra de la capacité des trois pays du Sahel à :
- Conclure des accords bilatéraux solides
- Stabiliser leur économie intérieure
- Réduire efficacement la menace terroriste
Plus ils réussiront sur ces fronts, plus l’idée de quitter l’UEMOA et donc le franc CFA se concrétisera.
Le dilemme d’une nouvelle monnaie sahélienne
Mais attention : sortir du franc CFA tout en restant dans l’UEMOA créerait un flou juridique et monétaire. Cela signifierait la création d’une nouvelle monnaie indépendante pour le Sahel. Une monnaie qui, à court terme, pourrait être :
- Volatile, faute de réserves monétaires solides
- Faiblement crédible auprès des investisseurs internationaux
- Soumise à des taux d’intérêt très élevés pour les emprunts
Le défi serait donc immense.
Vers une confédération sahélienne
C’est dans cette logique qu’intervient une nouvelle étape décisive : le 6 juillet 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger annoncent la transformation de l’AES en une confédération.
Une structure politique renforcée, tournée vers l’intégration régionale, la souveraineté stratégique et la solidarité militaire et économique.
Un nouveau bloc est né. Et il compte bien peser dans l’équilibre ouest-africain.
L’enclavement du Sahel : un frein majeur au développement
Le Sahel est une région enclavée d’Afrique, sans accès direct à la mer. Et cette caractéristique géographique est l’un des freins majeurs à son développement économique.
Sans débouché maritime, les pays sahéliens Mali, Burkina Faso, Niger ont un accès limité aux marchés internationaux, ce qui ralentit leurs échanges commerciaux, augmente les coûts logistiques, et freine leur industrialisation.
Ce manque d’ouverture maritime n’est pas qu’un détail géographique : il est au cœur des inégalités économiques entre les États du littoral et ceux de l’intérieur du continent.
L’initiative Atlantique : le projet du Maroc pour le Sahel
Mais un tournant s’annonce. En novembre 2023, à Rabat, le roi Mohammed VI du Maroc annonce une initiative géostratégique d’envergure : l’Initiative Atlantique.
Ce projet vise à connecter les pays enclavés du Sahel à la façade atlantique marocaine, en s’appuyant sur la construction du futur port en eau profonde de Dakhla.
L’objectif : créer des corridors logistiques terrestres sur des milliers de kilomètres, reliant directement les capitales sahéliennes au littoral marocain.
Une ouverture géoéconomique majeure pour le Sahel
Si ce projet voit le jour, ce serait une transformation logistique historique. Les pays du Sahel, longtemps isolés des routes maritimes mondiales, pourraient accéder à de nouveaux marchés internationaux, importer et exporter à moindre coût, et stimuler leur croissance économique.
Ce type d’initiative pourrait réduire leur dépendance vis-à-vis de ports sous contrôle français ou ouest-africain, et renforcer leur souveraineté économique, en cohérence avec les ambitions de l’AES.
Le Maroc, acteur pivot : ouvrir le Sahel à l’océan et étendre son influence
Le Maroc affiche clairement ses ambitions. À travers l’Initiative Atlantique, Rabat veut offrir un accès direct à l’océan Atlantique au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, tous pays enclavés.

Le roi Mohammed VI l’a affirmé avec insistance :
ce projet “transformera substantiellement l’économie de ces pays” et “de toute la région”.
Mais derrière cette promesse de coopération sud-sud, le Maroc joue aussi une carte stratégique :
- Renforcer son influence politique et économique en Afrique de l’Ouest
- Développer le Sahara occidental, territoire disputé qu’il cherche à consolider
Un soutien bienvenu face à l’isolement diplomatique
Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, en visite à Rabat en avril 2024, a salué ce soutien en des termes sans équivoque :
« Le Maroc est l’un des tout premiers pays auprès de qui on a trouvé la compréhension, au moment où la CEDEAO et d’autres pays étaient sur le point de nous livrer la guerre. »
Alors que les pays de l’AES étaient sous pression militaire et diplomatique, le Maroc a su apparaître comme un partenaire fiable, stable et non-ingérant.
Une manœuvre géopolitique dans un contexte de tensions avec l’Algérie
Le lancement du projet intervient dans un contexte explosif entre l’AES et l’Algérie. Les relations se sont tendues après que les pays sahéliens ont rappelé leurs ambassadeurs à Alger, accusant les autorités algériennes d’avoir abattu un drone malien.
Ports de la CEDEAO : des routes commerciales de plus en plus fragiles
Actuellement, les échanges commerciaux des pays de l’AES passent par les ports de plusieurs États membres de la CEDEAO : Bénin, Togo, Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana. Mais ces routes sont de plus en plus incertaines et politiquement sensibles.
Les tensions entre l’AES et la CEDEAO, les fermetures de frontières ou les sanctions peuvent entraver brutalement les flux commerciaux, mettant en lumière l’urgence de solutions alternatives, comme celle proposée par le Maroc.
Le Sahel trace sa propre voie
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont tourné la page. Rupture avec la CEDEAO, prise de distance avec la France, projet de monnaie propre, création de l’AES : ces choix marquent une volonté claire de reprendre le contrôle de leur souveraineté.
Les défis sont réels, mais la direction est assumée. Moins de dépendance, plus d’indépendance.
Une chose est certaine : le Sahel ne demande plus la permission. Il avance.
Jasmine Rassale