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La guerre civile au Yémen 

septembre 17, 2025 Auteur :
La guerre civile au Yémen 

Le Yémen, pays de 27 millions d’habitants situé à droite de la Mecque, anciennement surnommé « Arabie heureuse » par ses confrères pays arabes. Connu pour ses grandes ressources de gaz et de pétrole. Alors qu’il était célébré pour son ancienneté et sa beauté architecturale. On y dégustait Saltah, le mandi et on y buvait le qishr. Aujourd’hui il est en ruine, ensanglanté, divisé, meurtri, accablé d’un État comme qui dirait l’ONU début 2018 « a pratiquement cessé d’exister ».

Tout commence en 2011 les pays de la région sont aux prises avec les printemps arabes. Prenant exemple sur la Tunisie, Syrie, Libye ou l’Égypte. Les manifestations se font nombreuses visant à retirer du pouvoir leur chef d’État actuel sous la pression d’une partie du peuple et de la communauté internationale.

Le Président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 34 ans, se voit obligé de quitter son siège. C’est alors son adjoint Abd Rabbo Mansour Hadi qui lui succède en février 2012. Il est chargé de conduire le Yémen vers un pays plus démocratique. Il déclare :

« Nous ancrons aujourd’hui une nouvelle base pour une transition politique pacifique car la sécurité et la stabilité sont la base du développement »

Une conférence du dialogue national veut proposer de faire du Yémen une fédération composée de six provinces distinctes. Mais cela ne fait qu’aggraver et accentuer les tensions. On se voit alors tout de même assister à la séparation du Yémen. Un mouvement armé issu du nord du pays, la rébellion houthiste, chiites zaydites qui sont bercés par le printemps yéménite lancent une offensive et s’emparent de la capitale, Sanaa, et de la grande partie du pays à l’ouest en septembre 2014. Plus rien ne peut arrêter la guerre civile.

D’un côté les Houthis qui tout de même ont gardé une alliance avec l’ex-président déchu Ali Abdallah Saleh jusqu’en 2017 avant d’être tué à son tour par les Houthis et de l’autre les Yéménites.

C’est à compter de 2 ans, le 25 mars 2015 qu’il est forcé de s’exiler à Riyad en Arabie saoudite pays collé au Yémen.

Le fief des chiites zaydites se trouve maintenant à la frontière saoudienne. Ils s’emparent de la quasi-totalité du Yémen, Saada, Al Hudaydah, Aden le grand port du Sud et même Al-Bayda.

En mars 2015, l’armée saoudienne décide d’intervenir militairement dans le sud. Ses bombardements ont été meurtriers pour les civils. Riyad a frappé des installations portuaires et des usines, des bâtiments résidentiels, des marchés et des mariages, mais aucune troupe sur le territoire. C’est principalement dans l’espace aérien qu’elle intervient pour les arrêter, car elle craint de voir l’Iran, dirigé par Hassan Rohani, chiite, qui finance et fait alliance avec les Houthis, menacer ses frontières et rétablir au pouvoir le président Abd Rabbo Mansour Hadi. L’Iran n’a en réalité pas d’intérêt stratégique au Yémen. Le pays se contente de faire souffrir son grand rival saoudien, à peu de frais.

Derrière l’Arabie saoudite se trouve la plupart des pays arabes sunnites. L’opération militaire s’appelle « Tempête décisive » elle rassemble une coalition de pays arabes sunnites derrière l’Arabie saoudite. Le Maroc, l’Égypte, le Soudan, la Jordanie, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et le Pakistan. C’est le jeune prince héritier Mohammed Ben Salmane qui sera à la tête de cette opération. Sur le sol ce sont les forces yéménites principalement issues du sud du pays eux-mêmes, brigades et tribus locales qui défendent leur territoire et des mercenaires africains. L’ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis Adel Al-Jubeir déclare :

« L’objectif est de défendre le gouvernement légitime du président Hadi des tentatives de prise de pouvoir par des milices houthistes au Yémen »

Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appuie cette opération militaire et les États-Unis fournissent de leur côté une aide logistique et de renseignement à Riyad.

L’intervention saoudienne qui ne devait durer que quelques semaines s’enlise. À partir de l’été 2015 les fronts ne bougent quasiment plus l’Arabie saoudite continue de bombarder les airs et déploie très peu de troupes au sol.

De l’autre côté les houthistes se rendent aussi coupables de possibles crimes de guerre ils bombardent la ville de Taëz et parsèment le pays de mines.

En parallèle on assiste à un effondrement total de l’État. Le gouvernement ne distribue plus de salaire à la plupart des fonctionnaires des zones rebelles depuis septembre 2016. On est en pleine implantation d’économie de guerre avec des trafics en tout genre qui se multiplient à travers les lignes de front et les prix flambent.

Le commerce et l’aide alimentaire sont gênés par le blocus partiel qu’impose la coalition au premier port du pays Al Hudaydah occupé par les houthistes. Alors que déjà avant cette guerre le Yémen importait près de 90 % de sa nourriture et de ses médicaments.

Encore aujourd’hui de nombreuses infrastructures médicales et d’assainissement d’eau sont hors d’usage. La représentante de l’ONU au Yémen Meritxell Relano déclare :

« Le conflit a fait du Yémen un enfer pour ses enfants. Plus de 11 millions d’enfants, soit environ 80 % de la population de moins de 18 ans du pays, ont besoin d’une aide humanitaire. »

C’est avec tout ce climat de conflit et d’instabilité que la menace djihadiste va naître. Cela ne fera que renforcer cette guerre et la faire sombrer encore plus. La branche locale d’Al-Qaïda a prospéré. Le directeur du Centre national de l’antiterrorisme (NCTC) à Washington a déclaré :

« Le groupe affilié le plus dangereux est Al-Qaïda dans la péninsule arabique, ou Aqpa. Les récentes victoires d’Aqpa et les difficultés du pouvoir actuel au Yémen renforcent nos préoccupations quant aux capacités du groupe à lancer des attaques. » Ce même groupe qui a tenté par le passé de faire exploser des avions de ligne.

En marge de la guerre du Yémen, Al-Qaïda a administré durant un an un mini-État et un port important du sud-est du pays, Moukalla, avant d’en être délogés par la coalition en avril 2016. C’est alors qu’à la suite l’Arabie saoudite mène une chasse efficace aux djihadistes avec l’aide de frappes intensives de drones américains. Très affaiblie par ces attaques l’organisation est entrée dans une phase de clandestinité mais sur les lignes de front la mouvance salafiste djihadiste prospère discrètement sans lever le drapeau noir d’Al-Qaïda.

Ces combattants accumulent les expériences militaires, récupèrent des fonds de la coalition saoudienne et recrutent de nouveaux militants.

Face à ces instabilités aucune tentative de sortie de crise n’a abouti. Depuis le début du conflit 3 cycles de négociation ont eu lieu entre le gouvernement yéménite (dirigé par Abd Rabbo Mansour Hadi) et les rebelles houthistes. Sans résultat.

Aujourd’hui, les tensions au Yémen ne cessent de s’aggraver avec, d’un côté, les séparatistes du Sud qui contestent le pouvoir du président Mansour Hadi, et de l’autre, la présence d’Al-Qaïda qui s’est installée sur le territoire. Le pays est plongé dans une guerre civile et régionale, marquée par des bombardements aériens, des combats, la famine, la pauvreté, la menace terroriste et l’effondrement de l’État.

Au nord, la partie la plus peuplée du pays est dominée par les houthistes. Au sud, les zones libres sont divisées et font face à de nombreux mouvements séparatistes qui rivalisent avec le gouvernement en exil. Le nombre exact de victimes reste difficile à établir. Si le chiffre de 10 000 civils morts, datant d’août 2016, est souvent évoqué, une estimation indépendante fait état de plus de 50 000 Yéménites tués par les bombardements.

Le Yémen est aujourd’hui considéré comme le pays le plus pauvre du Moyen-Orient. Selon l’ONU, huit millions de personnes sont menacées par la famine. Le territoire est fragmenté entre plusieurs forces : celles sous l’autorité du gouvernement, soutenu par l’Arabie saoudite, au nord-est et vers l’ouest ; les houthistes, présents à l’ouest du nord et étendus vers le sud ; les mouvements séparatistes, qui contrôlent tout le sud ; et enfin Al-Qaïda, actif sur quatre petites zones situées principalement au centre du pays.

Face à cette situation, l’Arabie saoudite commence à montrer des signes de lassitude, mais refuse de voir les houthistes s’imposer à ses frontières. Le 15 mars 2018, le prince saoudien déclarait :

« L’Iran veut s’étendre, l’Iran veut créer son propre projet au Moyen-Orient, un peu comme Hitler qui voulait se développer à l’époque. Beaucoup de pays autour du monde et en Europe n’ont pas réalisé à quel point Hitler était dangereux jusqu’à ce qui s’est passé. Je ne veux pas que les mêmes événements se produisent au Moyen-Orient. »

L’ONU ne cesse de mettre en garde contre une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite. L’envoyé spécial des Nations unies au Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a déclaré : « La priorité aujourd’hui, c’est d’arrêter la guerre. » Parallèlement, les alliés européens, principalement la France, et américains, notamment les États-Unis, sont de plus en plus critiqués pour leurs livraisons d’armes à Riyad. Malgré une gêne exprimée, ils rechignent à porter la question devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Jasmine Rassale

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