La République démocratique du Congo Brazzaville
Jasmine Rassale
Analyse géopolitique du pays
La population du Congo compte 6,1 millions d’habitants, dont 47 % ont moins de 18 ans. Les jeunes sont très impliqués et représentent aujourd’hui une source majeure d’information. Cette génération, souvent qualifiée de Gen Z et perçue comme rebelle, est à l’origine de nombreux mouvements de rébellion et de manifestations, comme on le voit aussi au Népal, à Madagascar ou au Maroc. La population vit principalement à Brazzaville et Pointe-Noire, qui sont les zones clés pour une implantation.
Les prochaines élections présidentielles se tiendront en mars 2026. Le traitement de nombreux sujets politiques peut entraîner de nouvelles tentatives de coups d’État, comme celui qui a échoué récemment après quatre semaines. Le président Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1979 (avec une interruption de 1992 à 1997), a gagné toutes les élections depuis 2002. Cette situation crée une forte instabilité autour de la succession.
L’indice de capital humain du pays est de 0,42, en dessous de la moyenne de 0,48 pour les pays à revenu ntermédiaire inférieur. La mortalité infantile est élevée, avec 32 décès pour 1 000 naissances vivantes.
Le Congo fait face à une forte pauvreté et à de grandes inégalités, ce qui crée un climat d’insécurité. Les femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les peuples autochtones sont les plus vulnérables, ce qui montre une fracture sociale importante. Le chômage des jeunes atteint environ 42 %, leur laissant du temps pour manifester, s’informer, débattre et s’engager.
L’industrie s’est contractée début 2025 en raison de pénuries généralisées d’électricité et de carburant. Le manque d’électricité complique aussi le travail des journalistes. Le pays a connu de nombreuses tentatives de coups d’État et une guerre civile de juillet 1993 à décembre 1999, un événement encore récent dans les mémoires. Les violences, arrestations, élections contestées et fuites massives de population restent récurrentes.
Sur le plan économique, le Congo est très mal noté sur les marchés financiers. Il a émis un emprunt obligataire de 670 millions sur 20 ans, échange 2032, avec un taux d’intérêt de 9,875 %, très élevé par rapport à la Côte d’Ivoire à 6 %. Le pays avait disparu des marchés en raison d’une grave crise de confiance et est décrit comme non sûr. Il connaît des défauts de paiement, une explosion de la dette, une gestion opaque et des emprunts cachés, notamment auprès des traders-pétroliers en 2016. Cette situation a mené à une quasi-faillite, une perte de crédibilité et une mise sous tutelle du FMI. Le surendettement persiste, car les nouveaux emprunts servent surtout à rembourser les dettes intérieures. L’économie dépend fortement du pétrole, qui représente plus de 60 % des recettes publiques, et traverse une crise prolongée depuis 2014.
Le pays possède pourtant un fort potentiel de diversification grâce à ses terres agricoles, ses forêts, ses gisements de fer et son port en eaux profondes, mais ces atouts restent sous exploités à cause de la corruption, de la lenteur administrative et du manque d’infrastructures.
Le pays fait face à des risques importants : présence de milices rebelles dans le département du Pool, enlèvements contre rançon, attaques de véhicules privés et collectifs, criminalité élevée, surtout la nuit, et cambriolages fréquents à Brazzaville et Pointe-Noire, avec des résidences d’étrangers souvent visées. Les ressources policières sont limitées, les temps de réponse très longs et les recours juridiques faibles.
Le sud du pays connaît une saison des pluies très longue, de septembre à juin. L’économie reste fragile, fortement dépendante du pétrole (50 % du PIB, 80 % des exportations, 60 % des recettes fiscales), des importations alimentaires (80 % des besoins) et du carburant, faute de capacité de raffinage. Le pays fait face à un lourd endettement public, des arriérés intérieurs, une pauvreté généralisée accentuée par une mauvaise répartition des ressources pétrolières, un régime autoritaire, une corruption importante et des infrastructures défaillantes dans les transports, la santé et l’éducation. Les changements climatiques, comme la hausse des températures et l’irrégularité des pluies, freinent aussi l’agriculture.
La situation géopolitique du Congo-Brazzaville reste extrêmement fragile et instable. Le pays cumule une crise politique latente, une population très jeune qui alimente les mouvements de contestation, et une histoire marquée par des coups d’État, une guerre civile récente et des violences récurrentes. Avec une élection présidentielle prévue en 2026, le risque de nouvelles tensions reste réel, d’autant que les tentatives de putsch ont déjà repris ces dernières semaines.
Sur le terrain, la majorité de la population est concentrée à Brazzaville et Pointe- Noire, deux villes où les inégalités, l’insécurité et la pauvreté sont fortement visibles. Les jeunes, touchés par un chômage massif, sont très actifs et structurent une partie de l’information et de la mobilisation. Les zones rurales, largement dépourvues d’électricité et d’infrastructures de base, restent presque hors du circuit médiatique traditionnel.
L’État peine à assurer les services essentiels : mortalité infantile élevée, faible niveau d’éducation, accès limité à l’eau, criminalité, milices locales et forces de sécurité débordées. L’économie, dépendante du pétrole, s’est affaiblie sous l’effet de pénuries d’énergie, d’une industrie en recul et d’une corruption généralisée. Le pays est très mal noté sur les marchés, surendetté, miné par des emprunts cachés et une gestion opaque. Malgré un potentiel naturel important (agriculture, forêts, port en eaux profondes, minerais), ces atouts restent inexploités faute de gouvernance stable et d’investissements fiables.
Dans ce contexte, la combinaison d’instabilité politique, de fragilité économique, d’inégalités massives et de tensions sociales construit un environnement à haut risque.
Toute intervention, implantation ou projet devra s’adapter à l’absence d’infrastructures, à la défiance envers les institutions et à la présence d’acteurs locaux très variés, incluant une jeunesse mobilisée mais également des groupes armés et des zones difficiles d’accès.
Jasmine Rassale