Myanmar : un pays en guerre, une société fracturée, un peuple piégé
Myanmar : un nom imposé, une identité contestée
Le Myanmar, anciennement appelé Birmanie, a obtenu son indépendance du Royaume-Uni le 4 janvier 1948. La Tribune de Genève rappelait dans un article publié le 29 juin 2012 :
« Aung San Suu Kyi ne doit plus dire “Birmanie” ». Selon la junte militaire au pouvoir, « le terme “Birmanie” est un reliquat de la colonisation britannique ».
Elle a ordonné à l’opposante Aung San Suu Kyi de ne plus utiliser ce nom dans ses discours.
Ce changement de nom remonte à 1989 : la junte militaire dirigée par le général Ne Win impose un changement radical. Burma, nom du pays en anglais, devient Myanmar, et plusieurs villes et régions sont renommées : Rangoon devient Yangon, Moulmein devient Mawlamyine, Karen devient Kayin, Irrawaddy devient Ayeyarwady. Depuis, refuser ces nouvelles dénominations est devenu un signe clair d’opposition, un marqueur politique.
Pour les francophones, le débat reste encore plus confus. Au-delà de la politique, c’est aussi une question de traduction et de perception. Un mot en apparence, mais qui cristallise une lutte profonde pour l’identité et la souveraineté du peuple birman.
Myanmar : la guerre civile silencieuse
Le Myanmar, pays d’Asie du Sud-Est, partage ses frontières avec l’Inde, le Bangladesh, la Chine, le Laos et la Thaïlande. Il s’étend sur 676 578 km², composé de sept États au nord et de sept provinces (ou divisions) au sud.
En 2017, 24,8 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté. En 2024, 2,8 % des travailleurs survivent avec moins de 2,15 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat. Sur 1 000 naissances en 2023, 39 enfants meurent avant l’âge de 5 ans.
Aujourd’hui, le pays est coupé en deux : la zone centrale et les grandes villes restent sous contrôle militaire, tandis que de vastes territoires échappent à la junte, aux mains des milices ethniques et des civils armés. Selon de nombreux analystes, sans les raids aériens, l’armée birmane aurait déjà perdu la guerre au sol.
Le conflit a déplacé 2,6 millions de personnes et près de 100 000 ont fui vers les pays voisins, notamment la Thaïlande.
Depuis le coup d’État de février 2021, le Myanmar est plongé dans une guerre civile totale. La junte militaire a balayé la démocratie, arrêté le président Win Myint et la conseillère d’État Aung San Suu Kyi. Les combats s’étendent du nord au sud, avec des offensives sanglantes dans les États Shan, Kayah, Karen et Kachin. Chaque jour, le Myanmar s’enfonce dans le chaos, avec un peuple pris en étau.
Scam centers : l’arnaque qui génère des milliards de dollars par an
Contexte
Parallèlement au conflit, le pays est devenu un hub d’esclavage numérique : des scam centers où plus de 120 000 personnes sont exploitées. Ces villes, construites par les mafias, comme Apollo Park ou KK Park, fonctionnent à plein régime. Environ 150 nouvelles victimes rejoignent quotidiennement ces centres d’escroquerie.
Le gouvernement birman, trop corrompu ou dépassé, reste inefficace. La Thaïlande, sous pression après des scandales retentissants, tente d’agir, allant jusqu’à couper l’électricité dans certaines zones frontalières. Sans succès : les réseaux mafieux, organisés, restent opérationnels.
Ces scam centers génèrent plusieurs milliards de dollars par an, en toute impunité.
Le procédé : piège numérique et esclavage moderne
Tout commence sur internet. Les escrocs usurpent des identités, séduisent via les réseaux sociaux ou proposent des offres d’emploi trop belles pour être vraies. Une fois la confiance acquise, ils soutirent de l’argent ou piègent physiquement les victimes.
Dans les arnaques sentimentales, ils exploitent la solitude des victimes pour leur extorquer des sommes importantes.
Dans les arnaques à l’emploi, ils promettent des postes fictifs, financent le voyage vers la Thaïlande, puis forcent les victimes à franchir la frontière vers le Myanmar où elles sont vendues et réduites en esclavage numérique.
Les victimes sont privées de liberté, violentées, affamées, parfois torturées. De l’autre côté de l’écran, des millions de personnes perdent leurs économies, avec des conséquences dramatiques : faillites, dépressions, parfois suicides.
Conclusion : vigilance et mobilisation
Quelques scam centers ont été démantelés, notamment après l’affaire retentissante d’un acteur chinois dont la disparition avait ému l’opinion publique. Pour protéger l’image touristique de la Thaïlande, certaines opérations ont été menées, mais elles restent marginales.
La réalité est implacable : des centaines de scam centers continuent de fonctionner sous protection mafieuse, exploitant des dizaines de milliers de personnes et ruinant des centaines de milliers de familles chaque année.
Selon Interpol, plus de 70 pays sont touchés par ces réseaux qui prospèrent sur la misère birmane. La vigilance est donc plus que jamais nécessaire.
Que faire si vous êtes victime ou cible d’une arnaque ?
- Ne jamais envoyer d’argent à une personne inconnue, même si elle paraît crédible.
- Ne jamais accepter d’offre d’emploi douteuse ou imprécise, surtout si le voyage est offert.
- Signaler toute tentative d’escroquerie sur : [www.internet-signalement.gouv.fr](http://www.internet-signalement.gouv.fr) (Pharos).
- Porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie.
- Se référer aux articles 313-1 et suivants du Code pénal pour les escroqueries et à l’article 222-1 contre l’exploitation humaine.
Protégez-vous, restez vigilants. La prudence est votre meilleure alliée dans un monde numérique rempli de pièges.