Madagascar : quand la colère d'un peuple explose.
Septembre 2025. Une manifestation contre les coupures d'eau et d'électricité se transforme en révolte nationale, puis fait tomber un président. Retour sur la crise où un bidon jaune est devenu un symbole politique.
Le 25 septembre 2025, à Antananarivo, des groupes de manifestants convergent vers le quartier d'Ambohijatovo. Ils sont jeunes. Beaucoup brandissent un drapeau pirate — celui des Chapeaux de Paille, tiré du manga One Piece, devenu le signe de ralliement de la génération Z de Jakarta à Katmandou.
Mais l'objet le plus important de cette journée n'est pas un drapeau. C'est un bidon jaune. Le jerrican en plastique que des millions de Malgaches trimballent chaque jour pour aller chercher de l'eau. Sur les banderoles, on lit : « Stop à une vie faite de bidons jaunes et de noirceur ».
Ce qui a mis le feu
Depuis des mois — en réalité depuis des années — Madagascar vit au rythme des coupures. La JIRAMA, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, n'arrive plus à suivre. Installations vieillissantes, pertes techniques massives, niveau des barrages hydroélectriques en berne pendant la saison sèche : la société a fini par organiser une rotation des coupures dans la capitale.
Dans certains quartiers d'Antananarivo, le délestage atteint jusqu'à douze heures par jour. Selon la Banque mondiale, seuls 39,4 % des Malgaches avaient accès à l'électricité en 2023 — et la fracture est brutale : près de 80 % des urbains connectés, contre moins de 10 % des ruraux.
Madagascar avant la crise
- 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté
- Plus d'un million de personnes en insécurité alimentaire aiguë dans le Sud, depuis plusieurs années
- 39,4 % d'accès à l'électricité en 2023 — moins de 10 % en zone rurale
- 4,2 % de croissance du PIB en 2024 — une croissance qui ne se voit pas dans les foyers
Sources : Banque mondiale, Banque africaine de développement (Energy Sector Review Madagascar, 2025), presse malgache.
Quatre jours qui font tomber un gouvernement
La première journée dégénère. Gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, barricades enflammées. Malgré un couvre-feu, des commerces sont pillés et des véhicules incendiés dans la nuit du 25 au 26 septembre — au grand désarroi des organisateurs du mouvement, qui revendiquaient une manifestation pacifique.
Le 29 septembre, la contestation gagne Toliara, Antsiranana, Toamasina, Fianarantsoa, Antsirabe. Les revendications s'élargissent : d'abord l'eau, l'électricité et la sécurité, puis la démission du gouvernement, puis la dénonciation de la corruption.
Le bilan est lourd et contesté : au moins 28 morts et plus de 400 blessés selon les organisations internationales — des chiffres que les autorités locales ont mis en doute dans l'attente d'un bilan officiel. Après quatre jours, le président Andry Rajoelina dissout le gouvernement de Christian Ntsay. Le 11 octobre 2025, l'armée rejoint les manifestants, et le président est renversé.
L'eau n'est pas un sujet technique
C'est la leçon de septembre 2025, et elle dépasse largement Madagascar. Quelques jours avant les manifestations, à la tribune des Nations unies, le chef de l'État se félicitait d'une hausse de 66 % de l'accès à l'électricité en six ans. Pendant ce temps, à Antananarivo, on faisait la queue avec un bidon jaune.
La stabilité politique se joue souvent dans le plus banal : une ampoule qui s'allume, un robinet qui coule. Quand ces évidences disparaissent, ce n'est pas un problème de confort. C'est un problème de contrat social.
Et maintenant ?
La crise a laissé un pays éprouvé, et la saison cyclonique 2025-2026 n'a rien arrangé : Toamasina, dévastée par le cyclone Gezani, tente de se reconstruire avec un courant très intermittent. Au printemps 2026, de nouvelles manifestations spontanées contre les coupures ont éclaté pendant les fêtes de Pâques, dans le Nord, le Nord-Est et jusqu'à Antsirabe.
Pour les familles du Sud et de l'Est — les régions où nous intervenons — rien de tout cela n'est abstrait. L'insécurité alimentaire y était déjà chronique avant la crise politique. Elle ne s'est pas améliorée depuis.
Des puits, et des distributions
Nos équipes interviennent dans les régions Sud et Est de Madagascar : forage de puits villageois et distributions alimentaires auprès des familles les plus vulnérables. Un puits y coûte 300 €, plaque commémorative incluse, avec photos du chantier transmises depuis le terrain.
Offrir un puits à Madagascar — 300 € →Note de la rédaction. Les bilans humains des manifestations de septembre 2025 restent contestés entre les organisations internationales et les autorités malgaches. Sources principales : Wikipédia (Manifestations de 2025 à Madagascar), FIDH/OMCT, Jeune Afrique, France Info La 1ère, Banque mondiale. Une correction à nous signaler ? unissonscharity@gmail.com.