Géopolitique · 9 min de lecture

Yémen : onze ans de guerre, une génération sacrifiée.

22,3 millions de personnes ont besoin d'aide — plus de deux tiers du pays. 2,2 millions d'enfants de moins de cinq ans sont malnutris. Et le plan de réponse 2026 n'est financé qu'à 12,7 %. Chronique d'une crise que le monde a cessé de regarder.

Architecture historique en terre au Yémen
Le Yémen, que les Romains appelaient l'Arabia Felix — l'Arabie heureuse. Onze ans de conflit ont fait de ce pays l'une des pires crises humanitaires au monde.

Il y a des guerres qu'on regarde, et des guerres qu'on oublie. Le Yémen appartient à la seconde catégorie depuis onze ans.

Le conflit a basculé en mars 2015. Onze ans plus tard, en 2026, le pays reste l'une des pires crises humanitaires au monde — et l'une des moins financées. Les Romains appelaient cette terre l'Arabia Felix, l'Arabie heureuse, pour sa fertilité et ses routes de l'encens. Aujourd'hui, plus de deux Yéménites sur trois dépendent de l'aide humanitaire pour survivre.

Le Yémen en 2026

  • 22,3 millions de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire — plus des deux tiers de la population
  • 18,3 millions sont en insécurité alimentaire aiguë
  • 5,2 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays
  • 2,2 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, dont plus de 516 000 de malnutrition aiguë sévère
  • 1,3 million de femmes enceintes ou allaitantes sont touchées par la malnutrition
  • 14,4 millions de personnes ont besoin d'un accès à l'eau et à l'assainissement
  • 59,3 % seulement des structures de santé sont pleinement fonctionnelles

Source : OCHA — Yemen Humanitarian Needs and Response Plan 2026 (mars 2026) et Humanitarian Update (avril 2026).

Onze ans, et une trêve qui n'a rien réglé

En 2022, une trêve négociée par l'ONU avait fait espérer une sortie. La désescalade militaire engagée cette année-là devait créer les conditions d'un processus politique. Quatre ans plus tard, cet objectif reste hors de portée.

Pire : les lignes de fracture se reforment. En décembre 2025, des forces affiliées au Conseil de transition du Sud ont progressé vers l'Hadramaout et Al-Mahra, deux régions de l'Est jusque-là relativement épargnées par les affrontements directs — menaçant d'ouvrir un nouveau front dans un conflit déjà profondément fragmenté.

« Les besoins augmentent, l'accès se contracte, et les financements ne suivent pas. » — Ramesh Rajasingham, bureau des affaires humanitaires de l'ONU, janvier 2026

Le triple étau : guerre, faim, maladie

La guerre a fait s'effondrer l'économie. L'inflation galopante et la chute de la monnaie ont rendu les biens essentiels inaccessibles à la majeure partie de la population. Ce n'est plus seulement une question de disponibilité alimentaire : c'est une question de pouvoir d'achat.

L'analyse IPC la plus récente indique une dégradation continue : des districts entiers basculent de la phase Crise (IPC 3) à la phase Urgence (IPC 4), tandis que des poches de population sont projetées en phase Catastrophe (IPC 5). Les enfants et les femmes paient le prix le plus lourd.

11 ans
de conflit depuis mars 2015
2,2 M
d'enfants de moins de 5 ans malnutris
14,4 M
de personnes sans accès à l'eau sûre

L'eau, encore

La destruction des réseaux d'eau et l'effondrement des services de santé ont rendu la population vulnérable aux épidémies — le choléra en tête. Les infrastructures hydrauliques endommagées et la raréfaction de la ressource aggravent mécaniquement les risques sanitaires.

C'est le cercle qu'on connaît trop bien : pas d'eau potable → maladies hydriques → système de santé saturé → mortalité infantile. Sauf qu'ici, il se referme sur 14,4 millions de personnes.

Le nerf de la guerre : l'argent qui n'arrive pas

Le plan de réponse humanitaire 2026 demande 2,16 milliards de dollars pour atteindre 12 millions de personnes. En mai 2026, seuls 12,7 % de ce montant étaient financés. En 2025, le plan n'avait été financé qu'à hauteur de 28 %.

Les conséquences sont mécaniques : dans les derniers mois de 2025, l'ONU a dû réduire des programmes vitaux. Des milliers de programmes nutritionnels ont fermé faute de financements. L'environnement opérationnel s'est également durci — la détention de membres du personnel des Nations unies par les autorités de fait a sévèrement restreint le travail humanitaire dans les zones qui concentrent pourtant l'essentiel des besoins.

« Ce n'est pas l'héritage que méritent les enfants du Yémen. »

Pourquoi nous en parlons

Unissons Charity n'opère pas de programme au Yémen. Nous en parlons quand même, pour une raison simple : la crise yéménite est le cas d'école de ce qui arrive quand l'attention internationale se retire. Les besoins ne disparaissent pas parce que les caméras partent.

Notre travail — l'eau, l'accès, la durée — se joue sur les mêmes mécanismes ailleurs : au Pakistan, à Madagascar, à Gaza. Comprendre le Yémen, c'est comprendre pourquoi un puits qui tient dix ans vaut mieux qu'un camion qui passe une fois.

Là où nous agissons

L'eau, partout où elle manque

Puits au Sri Lanka, au Pakistan, à Madagascar, en Inde et au Népal. Citernes d'eau potable de 4 000 litres à Gaza. Chaque euro est suivi, chaque projet est documenté en photos depuis le terrain.

Voir nos quatre engagements →

Note de la rédaction. Cet article s'appuie sur les publications du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), d'Oxfam et de Solidarités International, à jour de mai 2026. Les chiffres d'une crise de cette ampleur évoluent constamment : nous les mettons à jour à chaque révision des plans de réponse de l'ONU. Une correction à nous signaler ? unissonscharity@gmail.com.