Israël–Palestine : comprendre, sans choisir de camp.
Un siècle d'histoire, quatre nœuds jamais dénoués, deux récits également cohérents, et un cessez-le-feu qui tient mal. Voici les faits, les dates et les chiffres — sans conclusion imposée. À vous de vous faire une opinion.
Nous distribuons de l'eau à Gaza. C'est un fait, et c'est aussi une prise de position — mais une prise de position humanitaire, pas politique : là où des familles n'ont pas d'eau potable, nous en apportons. Nous le ferions ailleurs, nous le faisons ailleurs.
Reste que la question nous revient sans cesse, de la part de donateurs comme de sceptiques : mais au fond, c'est quoi, ce conflit ? Cet article tente d'y répondre. Il ne dira pas qui a raison. Il présentera les faits, les dates, les chiffres — et les deux récits, tels que chaque camp les porte. À vous de vous faire une opinion.
Les racines : deux mouvements nationaux, une seule terre
Tout commence à la fin du XIXᵉ siècle. Dans une Europe où l'antisémitisme est massif et parfois meurtrier, un mouvement national juif — le sionisme — se structure autour d'une idée : les Juifs ne seront en sécurité que dans un État à eux, sur la terre à laquelle les rattachent leur histoire et leur religion. Au même moment, sur cette terre alors ottomane, une population arabe majoritairement musulmane et chrétienne vit depuis des siècles et développe, elle aussi, une conscience nationale.
En 1917, en pleine guerre mondiale, le Royaume-Uni publie la déclaration Balfour : Londres soutient l'établissement d'un « foyer national juif » en Palestine, tout en promettant que rien ne portera atteinte aux droits des « communautés non juives » existantes. Deux promesses difficilement conciliables, faites par une puissance qui n'était pas encore maîtresse du territoire — et qui le deviendra en 1920, sous mandat britannique.
L'immigration juive s'intensifie, surtout après la montée du nazisme et la Shoah. Les tensions avec la population arabe aussi.
1947-1967 : les deux ruptures fondatrices
En novembre 1947, l'ONU vote un plan de partage : deux États, l'un juif, l'autre arabe, Jérusalem sous statut international. L'Agence juive l'accepte. Les dirigeants arabes palestiniens et les États arabes voisins le rejettent — pour eux, la communauté internationale n'a pas le droit de partager un territoire contre l'avis de sa population majoritaire.
La guerre éclate. En 1948, Israël proclame son indépendance et l'emporte face aux armées arabes. Le nouvel État contrôle une part du territoire nettement supérieure à celle du plan de partage. Entre 700 000 et 750 000 Palestiniens quittent ou sont chassés de leurs villes et villages : c'est ce que les Palestiniens appellent la Nakba, la catastrophe. Ils ne pourront pas revenir. La Cisjordanie passe sous contrôle jordanien, Gaza sous contrôle égyptien.
Deuxième rupture en juin 1967. En six jours, Israël défait l'Égypte, la Jordanie et la Syrie, et prend le Sinaï, le Golan, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. C'est le début de l'occupation des territoires palestiniens, qui dure depuis. C'est aussi le début de la colonisation israélienne en Cisjordanie — considérée comme illégale par la quasi-totalité de la communauté internationale, ce que conteste Israël.
Les dates qui structurent tout
- 1917 — Déclaration Balfour : Londres soutient un « foyer national juif » en Palestine
- 1947 — Plan de partage de l'ONU : accepté par l'Agence juive, rejeté par les États arabes
- 1948 — Indépendance d'Israël · Nakba : 700 000 à 750 000 réfugiés palestiniens
- 1967 — Guerre des Six Jours : occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza
- 1987 — Première Intifada
- 1993-1995 — Accords d'Oslo : reconnaissance mutuelle, création de l'Autorité palestinienne
- 2000 — Échec de Camp David · Seconde Intifada
- 2005 — Retrait israélien unilatéral de Gaza
- 2006-2007 — Le Hamas gagne les élections, puis prend Gaza par la force · début du blocus
- 7 octobre 2023 — Attaque du Hamas en Israël · début de la guerre de Gaza
- 10 octobre 2025 — Entrée en vigueur du cessez-le-feu
Oslo, et l'espoir qui n'a pas tenu
En 1993, contre toute attente, l'OLP de Yasser Arafat et le gouvernement israélien d'Yitzhak Rabin se reconnaissent mutuellement. Les accords d'Oslo créent l'Autorité palestinienne et organisent un retrait progressif israélien de certaines zones. C'est le moment le plus proche d'un accord depuis 1948.
Mais Oslo repousse à plus tard les quatre questions les plus dures — et ce « plus tard » n'est jamais arrivé. Rabin est assassiné en 1995 par un extrémiste israélien opposé aux accords. Les attentats-suicides frappent les villes israéliennes. La colonisation continue. En 2000, le sommet de Camp David échoue, et la Seconde Intifada fait des milliers de morts des deux côtés.
En 2005, Israël évacue unilatéralement ses colons et son armée de Gaza. En 2006, le Hamas — mouvement islamiste qui ne reconnaît pas Israël — remporte les élections législatives palestiniennes. En 2007, après un affrontement violent avec le Fatah, il prend le contrôle total de la bande de Gaza. L'Autorité palestinienne se replie en Cisjordanie. Les Palestiniens sont désormais divisés entre deux territoires et deux pouvoirs rivaux. Israël et l'Égypte imposent un blocus sur Gaza. Quatre guerres suivront : 2008-2009, 2012, 2014, 2021.
Les quatre nœuds que personne n'a dénoués
Depuis Oslo, tout accord bute sur les mêmes quatre points. Les comprendre, c'est comprendre pourquoi le conflit dure.
- Les frontières. Un État palestinien sur les lignes de 1967 ? Que faire alors des colonies israéliennes implantées depuis en Cisjordanie, et des centaines de milliers de personnes qui y vivent ?
- Jérusalem. Les deux camps en font leur capitale. La ville abrite des lieux saints centraux pour le judaïsme, l'islam et le christianisme. Aucune formule de partage n'a jamais été acceptée par les deux parties.
- Les réfugiés. Les Palestiniens réclament un droit au retour pour les descendants des exilés de 1948 — plusieurs millions de personnes aujourd'hui. Israël le refuse, y voyant la fin de sa majorité juive, donc de sa raison d'être.
- La sécurité contre la souveraineté. Israël exige des garanties qui limitent la souveraineté d'un futur État palestinien. Les Palestiniens répondent qu'un État sans souveraineté réelle n'est pas un État.
Les deux récits, tels qu'ils sont portés
Voici la partie que la plupart des articles évitent. Chaque camp dispose d'un récit cohérent, appuyé sur des faits réels. Les résumer n'est pas les valider — c'est comprendre pourquoi l'autre ne cède pas.
Ce que disent les Israéliens
Le peuple juif possède un lien historique et religieux millénaire avec cette terre. Après des siècles de persécutions et l'extermination de six millions des siens en Europe, il lui fallait un refuge souverain. Cet État a été fondé sur une base légale internationale — le plan de partage de l'ONU — que les Arabes ont refusée en déclenchant la guerre. Depuis, Israël a dû se défendre en 1948, 1967, 1973, puis contre les attentats et les tirs de roquettes. Le Hamas, dont la charte fondatrice appelait à la destruction d'Israël, a prouvé le 7 octobre 2023 ce dont il était capable. Aucun État ne tolérerait cela à sa frontière. La sécurité n'est pas un prétexte : c'est une condition de survie.
Ce que disent les Palestiniens
Nous vivions sur cette terre. Nous n'étions pour rien dans l'antisémitisme européen ni dans la Shoah, et pourtant c'est nous qui en avons payé le prix territorial. En 1948, 750 000 des nôtres ont été chassés et n'ont jamais pu revenir. Depuis 1967, nous vivons sous occupation militaire : check-points, permis, démolitions, colonies qui grignotent le territoire d'un État qu'on nous promet depuis trente ans. En juillet 2024, la Cour internationale de justice a estimé, dans un avis consultatif, que la présence israélienne continue dans les territoires occupés était illicite, et a réaffirmé le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination. Gaza est bloquée depuis 2007. Nous ne demandons pas un privilège : nous demandons un État.
Le 7 octobre 2023 et la guerre
Le 7 octobre 2023 au matin, des commandos du Hamas franchissent la barrière de Gaza et attaquent des bases militaires, des kibboutzim et le festival de musique Nova. Selon un bilan établi par l'AFP à partir de données officielles israéliennes, 1 219 personnes sont tuées, dont près de 700 civils et plus de 350 membres des forces de sécurité. Environ 370 personnes meurent au seul festival Nova. 250 personnes sont prises en otage et emmenées à Gaza. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis ce jour-là, y compris des violences sexuelles.
La riposte israélienne est d'une ampleur sans précédent. Selon le ministère de la Santé de Gaza — qui opère sous les autorités de fait et dont les chiffres, contestés par Israël, sont néanmoins repris par les agences de l'ONU — plus de 54 000 Palestiniens sont tués entre octobre 2023 et juin 2025, dont environ 15 000 enfants ; le seuil des 60 000 morts est annoncé fin juillet 2025. En septembre 2025, l'ancien chef d'état-major israélien Herzi Halevi déclare que plus de 10 % des 2,2 millions d'habitants de Gaza ont été tués ou blessés. La qualification juridique de cette campagne fait l'objet de procédures devant la Cour internationale de justice et de vifs désaccords entre États, juristes et ONG. Nous ne la trancherons pas ici.
Le cessez-le-feu et la résolution 2803
Le 9 octobre 2025, Israël et le Hamas signent un accord issu du plan en vingt points de l'administration Trump, négocié avec les médiateurs égyptiens, qataris et turcs. Il entre en vigueur le lendemain. Le 13 octobre, les vingt derniers otages vivants sont libérés en échange de près de 2 000 prisonniers palestiniens. Le dernier corps d'otage ne sera identifié que le 26 janvier 2026.
Le 17 novembre 2025, le Conseil de sécurité adopte la résolution 2803 par 13 voix pour et 2 abstentions (Russie, Chine). Elle entérine le plan américain et crée deux mécanismes inédits :
- un Conseil de la paix (Board of Peace), administration transitoire dotée d'une personnalité juridique internationale, présidée par Donald Trump — mais qui n'est pas un organe de l'ONU et ne rend pas de comptes à l'Assemblée générale ;
- une Force internationale de stabilisation, chargée de démilitariser Gaza et de désarmer les groupes armés.
L'administration est installée à la mi-janvier 2026, avec un siège provisoire au Caire. À terme, le texte évoque « une voie crédible vers l'autodétermination et un État palestinien » — mais seulement si l'Autorité palestinienne mène à bien un programme de réformes, sans calendrier précis.
Les critiques sont venues de tous les bords, et elles méritent d'être citées telles quelles. Pour la France, la résolution doit s'inscrire dans une solution à deux États sur les lignes de 1967. Pour la Russie et la Chine, elle confie trop d'autorité à Washington. Pour des juristes internationaux, elle avalise un projet de tutelle sans le consentement des gouvernés. Le think tank britannique Chatham House note qu'au-delà du maintien du cessez-le-feu, le texte n'impose pas d'obligation claire à Israël : le calendrier de son retrait complet reste à convenir. Et le Hamas, de son côté, refuse sa marginalisation et refuse de rendre ses armes — alors que son désarmement est un objectif partagé jusque par l'Autorité palestinienne.
Où en est-on aujourd'hui
Neuf mois après, le cessez-le-feu tient — mais mal, et les lectures divergent radicalement.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1 053 personnes ont été tuées et 3 406 blessées entre l'annonce du cessez-le-feu et le 30 juin 2026. L'UNICEF estime qu'environ un enfant est tué chaque jour depuis la trêve. L'état de famine, déclaré en août 2025, a été officiellement levé en décembre 2025, mais l'ONU avertit que Gaza pourrait y retomber sans approvisionnement soutenu. Plus de deux millions de personnes vivent entassées sur environ un tiers du territoire.
Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l'Iran, tous les points de passage vers Gaza ont été fermés. Selon des chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz, le nombre de camions entrants est passé d'environ 4 200 par semaine à 590.
À l'inverse, le COGAT — l'organisme israélien chargé de la coordination dans les Territoires — publie un bilan très différent : 1,78 million de tonnes de nourriture seraient entrées à Gaza entre le début du cessez-le-feu et le 7 juin 2026, soit près de trois fois les besoins définis par le Programme alimentaire mondial, avec une baisse des prix de 72 % entre septembre 2025 et mai 2026. Le COGAT attribue les difficultés restantes à des facteurs internes, notamment les taxes imposées sur place.
Cinq organisations humanitaires, dont Oxfam, jugeaient en avril 2026 que le plan de cessez-le-feu était « en train d'échouer ». Human Rights Watch estimait en mai que les infrastructures vitales restaient fragilisées. Le plan humanitaire de l'ONU pour 2026 est financé à moins d'un quart, laissant près d'un million de personnes sans abri adéquat.
Il y a aussi des signes de reprise, et il serait malhonnête de les taire : la FAO et le Centre satellitaire de l'ONU ont constaté la réhabilitation d'environ 24 hectares de serres depuis le cessez-le-feu, et les premiers signes d'un redémarrage de l'élevage.
Enfin, une phrase du chef de mission de Médecins sans frontières pour les Territoires palestiniens, Joan Tubau, résume ce que beaucoup d'humanitaires constatent — et pointe un phénomène qui nous concerne directement : l'attention médiatique et politique s'est déplacée vers la guerre en Iran. « C'est l'enfer sur Terre », dit-il de Gaza.
Les aboutissants : ce qui reste ouvert
Quatre questions décideront de la suite, et aucune n'a de réponse aujourd'hui. Qui gouvernera Gaza une fois le Conseil de la paix parti — une Autorité palestinienne réformée, et selon quel calendrier ? Le Hamas désarmera-t-il, alors qu'il l'exclut publiquement ? Quand Israël se retirera-t-il complètement, sachant que la résolution ne fixe aucune échéance ? Et enfin : la solution à deux États est-elle encore possible après trois décennies de colonisation, ou n'est-elle plus qu'une formule diplomatique ?
À cela s'ajoute une dimension régionale qui a tout changé depuis février 2026 : le conflit ne se joue plus seulement entre Israéliens et Palestiniens. Il traverse le Liban, où nous intervenons dans la vallée de la Bekaa, et l'Iran.
Notre position
Unissons Charity n'a pas de position politique sur ce conflit, et n'en aura pas. Ce n'est pas de la lâcheté, c'est une règle de métier : l'impartialité est ce qui nous permet d'agir. Une association humanitaire qui prend parti perd son accès, sa crédibilité, et à terme sa capacité à aider qui que ce soit.
Ce que nous savons faire, c'est de l'eau. À Gaza, une citerne de 4 000 litres coûte 200 €. Elle ne règle rien du conflit. Elle règle la journée de quelques centaines de familles. C'est déjà beaucoup, et c'est tout ce que nous promettons.
Une citerne, 4 000 litres, 200 €
Pas de palier, pas de seuil : plus la collecte avance, plus nous achetons et acheminons d'eau potable vers les zones où l'urgence est la plus aiguë. Chaque livraison est documentée en photos par notre équipe sur place.
Découvrir notre action à Gaza →Note de la rédaction. Cet article est un article de contexte, pas une prise de position. Il s'appuie sur des sources publiques et contradictoires : bilans de l'AFP établis à partir de données officielles israéliennes, ministère de la Santé de Gaza (qui opère sous les autorités de fait, et dont les chiffres sont contestés par Israël tout en étant repris par les agences onusiennes), OCHA, UNICEF, HCR, Human Rights Watch, Amnesty International, Oxfam, Médecins sans frontières, COGAT, Chatham House, résolution 2803 du Conseil de sécurité, avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2024. Lorsque les sources se contredisent — et sur ce sujet, elles se contredisent souvent — nous les citons les unes et les autres plutôt que de choisir. Les qualifications juridiques en cours d'examen devant les juridictions internationales ne sont pas tranchées ici : ce n'est ni notre rôle ni notre compétence. Une erreur factuelle à nous signaler ? Écrivez-nous : unissonscharity@gmail.com.